Lors d’un discours d’ouverture prononcé à la conférence de la Banque centrale européenne sur la politique monétaire à Francfort-sur-le-Main, Philip R. Lane, membre du directoire, a exposé les principaux défis de diagnostic liés à la détermination d’une orientation appropriée de la politique monétaire. Les décisions de taux d’intérêt de la banque centrale sont guidées par trois critères principaux : l’évaluation des perspectives d’inflation et des risques associés à partir des nouvelles données financières et économiques, la dynamique de l’inflation sous-jacente et la force de la transmission de la politique monétaire. La composante à moyen terme des perspectives d’inflation occupe une place centrale dans la définition de la politique monétaire. Plusieurs chocs affectant l’économie à des horizons différents, l’une des principales tâches de diagnostic des responsables consiste à isoler cette composante de l’inflation à moyen terme au moyen d’une évaluation intégrée de tous les facteurs pertinents.
Ce processus de formulation dépendant des données évite de s’appuyer sur une explication à cause unique ou de dépendre strictement de données isolées. Si les chocs d’offre énergétique constituent actuellement le principal moteur de l’inflation, les perspectives à moyen terme intègrent plusieurs considérations, notamment l’ampleur et la durée attendue du choc énergétique, l’étendue et la persistance de la répercussion de l’inflation énergétique sur l’inflation hors énergie, ainsi que diverses conditions budgétaires, liées à l’intelligence artificielle et financières qui influencent à la fois la transmission et les résultats directs à moyen terme. Concernant l’évaluation des risques, la déclaration de politique monétaire contient une section détaillée exposant les risques à la hausse et à la baisse pour l’inflation et l’activité économique, dont les effets macroéconomiques sont rigoureusement modélisés par les équipes de l’Eurosystème.
La banque centrale publie périodiquement des scénarios décrivant les réponses possibles à des événements de risque spécifiques, comme différentes trajectoires des chocs d’offre énergétique. Ces scénarios publiés intègrent des hypothèses complémentaires sur la vitesse et l’intensité de la répercussion sur les prix hors énergie, ainsi que sur les effets sur les conditions financières et les niveaux d’activité. Ces hypothèses sont continuellement évaluées au regard des éléments empiriques qui s’accumulent. Le deuxième critère clé, l’inflation sous-jacente, devient de plus en plus utile à mesure que le temps s’écoule après un choc énergétique, notamment compte tenu des larges marges d’erreur entourant les prévisions à moyen terme en période d’incertitude accrue. Plutôt que de s’appuyer sur un seul indicateur, la Banque centrale européenne utilise un large éventail de mesures de l’inflation sous-jacente pour saisir la nature contextuelle et dépendante des covariables de la répercussion sur les prix.
Le troisième critère porte sur la force de la transmission monétaire, les conditions financières au sens large jouant un double rôle. Au-delà de l’effet direct des taux directeurs, des conditions financières plus restrictives réduisent les niveaux d’activité et l’inflation, tout en déterminant la force globale de la transmission pour une orientation donnée de la politique monétaire. Pour suivre ces dynamiques, l’institution surveille des mesures comme le Macro-Finance Financial Conditions Index et l’indice ECB-BIG, qui évalue les conditions d’intermédiation dans les secteurs bancaire et non bancaire.
Les évolutions économiques récentes mettent en évidence l’effet de ces facteurs, les données de septembre faisant ressortir une inflation totale de 3,8 %, avec une inflation énergétique de 18,8 % et une inflation hors énergie de 2,3 %. À titre de référence avant le choc, l’inflation totale s’établissait à 2,1 % au quatrième trimestre 2025, avec une inflation énergétique négative de -1,1 % et une inflation hors énergie de 2,4 %. Dans la catégorie hors énergie, l’inflation alimentaire est passée de 2,5 % au dernier trimestre 2025 à 1,4 % en septembre 2026, tandis que l’inflation de base a légèrement augmenté, de 2,4 % à 2,5 %. Au sein du panier de base, l’inflation des biens hors énergie est passée de 0,5 % à 1,1 %, tandis que celle des services a ralenti de 3,4 % à 3,2 %.
Ces chiffres montrent que le choc d’offre énergétique a entraîné la hausse de l’inflation au cours de l’année. Bien que l’inflation agrégée hors énergie soit restée contenue, les indicateurs sous-jacents montrent qu’une remontée de l’inflation à moyen terme ne s’est pas installée, indiquant que les mécanismes d’ajustement rapide observés en 2022 ne se sont pas activés lors du choc actuel. Les projections de septembre anticipent néanmoins une hausse de l’inflation hors énergie, de 2,3 % en 2026 à une moyenne de 2,6 % en 2027, avant un recul à 2,3 % en 2028. Cette hausse projetée provient principalement de la répercussion différée des niveaux des prix de l’énergie, avec des contributions marginales de trajectoires de référence de l’activité économique révisées à la hausse et de modifications des prix administrés et des impôts indirects dans certaines juridictions. Des hausses temporaires des prix alimentaires liées aux conditions météorologiques contribuent aussi au pic d’inflation attendu en 2027.

